Open Data et expérience de transport à la SNCF

Open Data et expérience de transport à la SNCF

Qui est-il ?

Romain Lalanne travaille pour le groupe SNCF. Aujourd’hui, il y est responsable de la thématique Open Data. Auparavant, il a travaillé à la conception de la première plateforme européenne ouverte et collaborative de comparaison de programmes politiques (voxe.org).

Que fait-il de ses journées ?

Alors que le TGV “prend le temps d’aller vite”, lui a pris le temps de venir nous exposer son travail. Romain est ainsi chargé d’impulser et de coordonner la mise en œuvre de différents produits et services, fondés sur l’Open Data, dans le but d’optimiser l’expérience générale des usagers de SNCF.

L’application Tranquilien, développée par Snips, en partenariat avec la SNCF

L’application Tranquilien, développée par Snips, en partenariat avec la SNCF

Quels enjeux pour le groupe SNCF ?

En France, SNCF, c’est 15 000 trains circulant par jour, 135 millions de voyageurs/an, avec une hausse de ce chiffre de 0,4% en 2013. À observer le secteur ferroviaire, on se rend pourtant bien compte que l’heure n’est plus aujourd’hui à la croissance des infrastructures, et d’ailleurs les projets de nouvelles lignes à grande vitesse sont régulièrement suspendus. Pour désengorger les gares durant les journées de départs en vacances, difficile d’imaginer en construire de nouvelles. À cela s’ajoutent d’autres difficultés : le transport ferroviaire de passagers devra être ouvert à la concurrence en 2019, date butoir fixée par l’Union Européenne, et de nouveaux services naissent et entrent en concurrence avec la SNCF. En effet, les nouvelles technologies de l’information et de la communication permettent aujourd’hui à des entreprises concurrentes de la SNCF d’être par exemple revendeur de billets de train.

Dans cet environnement tourmenté, SNCF s’est fixée un cadre strict. La priorité absolue est donnée aux transports du quotidien, spécifiquement sur les zones urbaines denses, avec en filigrane l’amélioration de la satisfaction client. Comment, dès lors, parvenir à l’optimiser sans modifier les infrastructures de l’entreprise ?

L’open data, une solution ?

Avec l’entreprise : Snips, Romain a travaillé au développement de l’application Tranquilien, qui s’appuie sur différentes données ouvertes pour anticiper, jusqu’à une semaine à l’avance, l’affluence dans les trains de banlieues (le réseau Transilien). En plus de cela, tous les utilisateurs de l’application peuvent en temps réel affiner les informations fournies, en indiquant le niveau d’affluence de la ligne qu’ils empruntent. L’utilisateur, ayant connaissance de ces informations, peut choisir d’adapter son trajet, en décalant son horaire ou sa gare de départ par exemple.

“Nos trains sont occupés en moyenne à 40%, mais avec des pointes à 200%.”
Bénédicte Tilloy, Directrice générale SNCF Transilien

Alors évidemment, si on offre à un usager la possibilité de se reposer au lieu d’être piétiné, il n’en est que plus heureux ! De nombreuses applications se développent ainsi, grâce aux données, que ce soit autour de la maintenance préventive, de la valorisation des territoires traversés par les trains ou par la personnalisation de certains services.

Au-delà de la création de nouveaux services, Romain identifie d’autres enjeux pour SNCF. Il voit notamment l’opportunité de susciter le changement en interne, en s’ouvrant à de nouvelles formes d’innovations, en captant des idées, des tendances et des compétences extérieures. Enfin, se positionner en tant qu’acteur de pointe de l’Open Data permet d’asseoir l’image d’une entreprise innovante.

L’Open Data, c’est quoi ?

L’Open Data correspond, pour un organisme public ou privé, à la diffusion gratuite et publique de données issues de son activité, pour permettre à d’autres acteurs de les utiliser dans le développement de nouveaux produits ou services.

Comment penser un service pour son utilisateur ?

Les données sont, comme on l’a vu, un vecteur d’optimisation des réseaux de transports. Évidemment, leur utilité ne s’arrête pas à la porte d’une gare, et l’Open Data trouve des applications dans une quantité d’autres domaines.

Mais pour Romain comme pour nous, il convient d’apporter une précision notable. Certes, c’est grâce à la technique que nous sommes aujourd’hui à même de collecter, d’analyser et d’interpréter une masse toujours plus grande d’informations. Mais la technologie seule ne permet pas de modifier certains comportements, d’inciter les individus à agir de manière différente. Pour prendre un exemple tout à fait banal, ce n’est pas parce que nous pouvons recycler que nous recyclons, même si nous savons pertinemment que cela est meilleur pour la société dans son ensemble.

Ainsi, pour permettre à l’entreprise SNCF de vraiment capitaliser sur l’application Tranquilien, pour faire en sorte que celle-ci participe à une régulation constante du trafic, il ne faut pas seulement penser un outil capable de donner une information.

Ce n’est pas parce que nous disposons d’une technologie que nous l’adoptons. Pour faire en sorte qu’un produit ou service soit largement adopté, Il faut l’intégrer au quotidien de l’utilisateur, lui redonner du sens.

Il faut mettre sur pied une application qui s’intègre dans le quotidien de ses utilisateurs, en étant simple, accessible et agréable. Mais aussi que ses fonctionnalités donnent du sens à son utilisation. Un exemple ? Avec l’application Tranquilien, chaque utilisateur renseigne le niveau de l’affluence du train qu’il prend. De par cette pratique collaborative, chaque utilisateur se sent partie intégrante d’une communauté beaucoup plus large, en ayant dans sa poche un outil pour améliorer le quotidien de milliers de “commuters” comme lui.

C’est la technologie qu’il convient d’adapter à l’homme, et non l’inverse. L’oublier, c’est risquer de développer des produits et services déconnectés de la réalité.

 

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